En novembre la lumière change, les jardins se déshabillent lentement et l’air dégage des senteurs de terre et de feuilles mouillées. En Italie – et pas seulement – il existe des jardins qui révèlent un charme différent à cette époque. Partons donc à la découverte de sept jardins à visiter en novembre 2025 pour découvrir une saison qui ne cesse de surprendre, même lorsque la nature s’apprête à entrer en hibernation.

Jardin et Jardin Botanique de l’Université de Padoue

Le Jardin Botanique de l’Université de Padoue est officiellement né en 1545 : c’est ici qu’on cultivait les « simplici », c’est-à-dire les herbes médicinales destinées à connaître les remèdes de la nature. Le jardin avait une forme précise, un carré inscrit dans un cercle, comme le dictait la pensée de la Renaissance.

Depuis, le Jardin a changé plusieurs fois. Il a accueilli de nouvelles espèces, vu surgir fontaines, portails et serres, mais n’a jamais trahi son idée première : être un lieu de savoir vivant. Depuis 1997, il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, reconnu comme le plus ancien jardin botanique du monde encore dans son emplacement d’origine. Aujourd’hui, à côté des plantes historiques, se trouve également le Jardin de la Biodiversité, où des serres modernes recréent les grands écosystèmes de la planète. En parcourant les sections, du climat tropical à la végétation aride, on a la sensation que le temps s’écoule dans de multiples directions : l’histoire, la science et le présent qui continuent d’interroger l’avenir.

Jardins Bardini

Entre Costa San Giorgio et Borgo San Niccolò, le jardin Bardini grimpe à flanc de colline et domine Florence, comme s’il en était une partie secrète. Son histoire commence au Moyen Âge, avec les Hubs, mais traverse des siècles de transformations : jardin baroque, puis anglo-chinois, enfin victorien. Lorsque l’antiquaire Stefano Bardini l’acheta en 1913, il le rassembla en un seul complexe et l’enrichit de fontaines, de statues et de décorations, le transformant en un lieu suspendu entre art et nature.

Aujourd’hui, vous marchez entre terrasses, pergolas et escaliers en pierre qui semblent descendre directement vers l’Arno. La vue est large, presque théâtrale, mais le jardin reste intime, silencieux, plein de détails qui révèlent le temps. Après la restauration en 2000, il a trouvé son équilibre : non pas un musée à ciel ouvert, mais un paysage vivant.

Jardin de la Villa Gamberaia

Sur les collines de Settignano, juste au-dessus de Florence, on peut voir la Villa Gamberaia. Construit au XVIIe siècle, il conserve l’un des jardins italiens les plus raffinés de Toscane : un équilibre parfait entre taille et paysage. Edith Wharton l’a qualifié de « l’exemple le plus parfait de l’art d’obtenir un grand effet à petite échelle », et c’est précisément là sa force. Allées de cyprès, haies conçues comme des arabesques, bassins d’eau et terrasses surplombant l’Arno : chaque perspective est unique, entre géométries, rythme, harmonie, souffle.

Les jardins royaux de Venise

Les Jardins Royaux de Venise sont nés au début du XIXe siècle et occupent l’espace où se trouvaient autrefois les Greniers de Terra Nova. Dès l’origine, ils ont été conçus comme un jardin privé pour la cour, un refuge soigné surplombant l’eau. Avec la transition vers les Habsbourg sont nés la serre, le café néoclassique et le célèbre pont-levis qui reliait directement le jardin au Palais Royal. Ce n’est qu’en 1920 que la zone fut cédée à la municipalité et ouverte aux citoyens, mais elle resta abandonnée pendant des décennies.

La restauration réalisée par la Fondation des Jardins de Venise, achevée en 2019, a restitué sa structure d’origine et la légèreté du dessin botanique. Paolo Pejrone a repensé la floraison selon l’alternance des saisons, de la glycine printanière aux agapanthes estivales, tandis que l’architecte Alberto Torsello a mis en lumière la serre historique et la pergola en fonte.

Jardins de la Villa D’Este

À Tivoli, parmi les pentes surplombant Rome, la Villa d’Este préserve l’idée d’émerveillement de la Renaissance. C’est le cardinal Hippolyte II d’Este, fils de Lucrezia Borgia, qui imagina au XVIe siècle une résidence entre art et paysage. Il a choisi l’architecte Pirro Ligorio, qui a transformé un ancien couvent en une villa donnant sur un jardin construit pour surprendre.

Les terrasses se succèdent le long de la colline, les unes après les autres, entre escaliers en pierre, fontaines et vues qui changent à chaque pas. L’eau est le véritable protagoniste. Elle coule, se divise, remplit les bassins, monte jusqu’à la Fontaine des Orgues et redescend, sans jamais s’arrêter. Au fil des siècles, la villa a connu des restaurations, des négligences et des renaissances. Mais il a toujours conservé son identité de lieu suspendu, où le bruit de l’eau recouvre le bruit du monde.

Jardins de Boboli

Boboli s’ouvre derrière le Palais Pitti : son histoire commence en 1549, lorsqu’Éléonore de Tolède achète la colline et confie le projet à Niccolò Tribolo. L’idée était ambitieuse : créer un jardin qui raconte l’histoire du pouvoir des Médicis à travers la géométrie, l’eau et la perspective.

Après la mort de Tribolo, Ammannati et Buontalenti poursuivirent les travaux. D’eux sont nés la Grande Grotte, les sculptures, les jeux d’eau et cette atmosphère magique que l’on peut admirer aujourd’hui. Au fil des siècles, Boboli a grandi avec la ville, elle s’est agrandie, elle a changé plusieurs fois de forme sans jamais perdre son ordre. Le long Viottolone descend vers l’Isolotto, où la Fontaine Océane de Giambologna domine l’eau ; des statues et des cyprès s’alignent sur les côtés. Chaque époque a laissé sa marque : l’amphithéâtre, le Kaffeehaus, la Limonaia du XVIIIe siècle. Aujourd’hui Boboli est un jardin vivant, traversé par les touristes et les Florentins, où la lumière change toutes les heures et les feuilles, en automne, se colorent à l’état pur.

Jardin de la Kolymbetra

Là où se trouvait autrefois une grande piscine artificielle de l’époque grecque, construite pour recueillir les eaux des aqueducs d’Akragas, s’ouvre un paysage vert et lumineux, niché entre les parois calcaires de la vallée. Kolymbetra a été construite au 5ème siècle avant JC, lorsque le tyran Théron fit creuser un bassin pour les jeux aquatiques et la pisciculture. Au fil des siècles, le bassin fut enfoui et transformé en potager, puis en plantation d’agrumes, s’adaptant aux évolutions du territoire et aux besoins de ceux qui y vivaient. Il conserve encore l’ancien système d’eau, un réseau d’hypogées et de tunnels qui alimente les sources et maintient la fertilité du sol.

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